30 mai 2011

Une contestation qui trébuche

« Nous nous battrons jusqu’à la fin ! », scandait-on, samedi 21 mai, sur Kostava alors qu’une semaine de protestation se profilait dans la capitale géorgienne. « Je me mordrai les doigts si ce gouvernement reste au pouvoir, souvenez-vous de mes mots », renchérissait Nino Bourdjanadzé, chef de file du mouvement d’opposition l’Assemblée du Peuple.

Une semaine a passé. Nino Bourdjanadzé doit encore souffrir de ses morsures, quant aux manifestants, le bilan est amertume et ombre d’une geôle pour une bonne centaine d’entre-eux.

26 MAI

Annoncée depuis plusieurs mois la date du 26 mai aurait dû sonner le glas de la présidence Saakachvili. La prophétie n’a pas eu lieu malgré les troubles organisés à Batoumi et à Tbilissi; les relais médiatiques savamment orchestrés en Russie; les propos belliqueux d’Irakli Okrouashvili, tête de file du Parti géorgien et ex-ministre de la Défense condamné à onze années de prison vivant aujourd’hui en France où il a obtenu l’asile.

Force est de constater que si la première manifestation de samedi avait pu rassembler quelques 5.000 personnes, les jours suivants se sont soldés par la présence de seulement quelques centaines de militants. Rappelons que la révolution des Roses de 2004 avait réuni plus de 200.000 personnes…

Adoptant une stratégie de surf sur la vague des révolutions arabes, les mouvements d’opposition d’Okrouashvili et de Bourdjanadzé ont ouvertement voulu semer la zizanie dans la capitale, pour leur plus grand discrédit. Chaque jour, l’ex-speakerine du Parlement appelait les manifestants à ne pas quitter la place dans l’attente d’un lendemain plus rassembleur. En vain.

En duplex depuis Paris, Irakli Okrouashvili évoquait de son côté une arrivée triomphale le 25 mai en Géorgie via l’Ossétie du Sud, « avec l’aide de tanks s’il le faut ». Ces propos irrationnels et agressifs ont obligé les autorités à réaffimer la valeur de la loi et le mandat d’arrêt porté contre lui.

Nino Bourdjanadzé a dû revoir sa stratégie, déclarant l’indépendance de son mouvement, discréditant les propos - déjà peu crédibles - de l’ex-ministre de la Défense. Ce dernier, ne quittera d'ailleurs jamais Paris.

L’INAVOUABLE ECHEC

La confrontation a vu son point culminant atteint le 25 au soir, à minuit, heure à laquelle la police avait annoncé qu’elle disperserait la foule en vue du défilé militaire organisé le 26 pour la commémoration du Jour de l’indépendance. Réunis devant le Parlement, les manifestants se sont vus assaillis par des policiers tirant balles en caoutchouc, diffusant gaz lacrymogène et battant dans la mêlée à coups de matraques. Les heurts seront nombreux et les provocations réciproques. Les chancelleries étrangères ont demandé à ce que la lumière soit faite sur cet usage disproportionné de la force.

Le départ en trombe de Nino Bourdjanadzé ainsi que de ses sbires, constatant l’échec de la contestation, a causé la mort d’un policier et d’un manifestant, la colonne de voitures les écrasant sur son passage. La leader de l’Assemblée du Peuple n’a pour le moment pas été inquiétée, mais son mari, Badri Bitsadzé, sera poursuivi pour avoir créé et encadré des groupes armés ayant chargé violemment contre les forces de l’ordre. Nino Bourdjanadzé a expliqué que « le mouvement ne se serait pas arrêté là, si les autres partis d’opposition s’étaient joints à la contestation », un échec inavoué.

Au total, 162 personnes ont été arrêtées durant cette semaine dont 24 membres d'un groupe armé dirigé depuis Moscou par Témur Khatchichvili, ministre de l'Intérieur géorgien au début des années 1990. Certains d'entre-eux auraient témoigné indique le ministère de l'Intérieur, expliquant le rôle de Badri Bitsadzé dont la mission était de déclencher la violence dans la capitale tout en investissant les locaux de la télévision géorgienne sur le parvis de laquelle avait eu lieu les premiers rassemblements.

DEPUIS MOSCOU

Au cours de la semaine de heurts, de moindre envergure rappelons-le, la presse russe a dans son ensemble relayé la couverture d’une « guerre civile », un combat contre l’oppression, une lutte pour la liberté et la démocratie. Les médias russes ont eu vite fait de vendre la peau de l’ours Misha, alors que la contestation était et resterait finalement très marginale. Seul le correspondant de Nezavissimaïa Gazeta témoignait dès le début des évènements du peu de soutien populaire aux velléités révolutionnaires d’un groupe marginal.

Le ministère des Affaires étrangères russe a de son côté réagi sur son site (mid.ru) tout au long de la semaine à « l’absence de liberté d’expression » et à la « répression » opérée par Mikhaïl Saakachvili dans l’ex-république soviétique que Moscou avait envahi en août 2008. La même semaine à Moscou avait lieu la Gay Pride, interdite et violemment réprimée par les forces de l’ordre. Rappelons que dans la capitale russe, le rassemblement au-delà de 15 personnes sans autorisation est interdit par la loi et passible d’emprisonnement… Bassement, et comme à son habitude quand il s’agit de la Géorgie, le Quai d’Orsay russe a joué d’une rhétorique de bas-étage.

QUID DE L'OPPOSITION ?

Tout d’abord, le constat que cette frange de l’opposition qui ne suscitait que peu d’intérêt de la part des Géorgiens, est aujourd’hui anéantie. Ces auto-proclamés leaders de l’opposition travaillent davantage à leur carrière qu’à l’avenir de leur pays. Si Nino Bourdjanadzé recueillait 1% des intentions de vote, son électorat est aujourd’hui nul et son avenir bien sombre. Du côté de la contestation, la voie révolutionnaire - souvent rémunérée pour ses actes de violence contre les forces de l’ordre ou simplement pour sa présence lors des manifestations - ne suscite pas l’engouement des masses. La critique du gouvernement Saakachvili devra s’exprimer par d’autres canaux, davantage fédérateurs tout en trouvant des arguments mobilisateurs au niveau national

L’opposition, un peu plus discréditée, est quasi inexistante. Seul Irakli Alassania, ex-ambassadeur de la Géorgie à l’ONU, pourrait constituer une alternative au parti de Mikhaïl Saakachvili. Le dialogue que ce dernier a su nouer avec l’Union européenne et les Etats-Unis pourrait jouer grandement en sa faveur dans la perspective des présidentielles de 2013.

De retour sur les ondes


Après un an d'inactivité sur le blog du fait de voyages, d'expériences turques, françaises, norvégiennes et d'un retour en France fin 2010, je reprends la plume bien décidé à faire parler l'actualité en lien avec la Géorgie.

Mais revenons où nous en étions resté. Avant-dernière publication en date, le Jour de l'Indépendance le 26 mai 2010. Nous voici, un an après. Une actualité morne, une mamie qui coupe un câble ADSL réduisant son destin à une brève dans la galaxie interconnectée des médias. Des fermiers sud-africains - Boers - visitent la Géorgie invités par Mikhaïl Saakachvili et se transforment en grands propriétaires terriens du Caucase (un docu sur arte sur le sujet). Donald se décide à construire deux tours en verre, l'une à Tbilissi, l'autre à Batoumi, donnant au rêve michiste une réalité (on comprendra Trump, ndlr).
Bref, pas grand chose de susceptible de faire la une des médias. D'autant plus que la concurrence aura été rude pour être en tête d'affiche ces derniers mois : révolutions en chaîne, catastrophe nucléaire, rififi au FMI et j'en passe...

Je tenterai donc d'éclairer l'actualité géorgienne, un an avant le lancement de la période pré-électorale. Une période intéressante pour la vie civile et politique en Géorgie après un sensible endormissement depuis la guerre-éclair d'août 2008. Mais commençons par les évènements - riches - de la semaine passée qui pourraient nous en dire davantage sur les actualités de 2012. En selle !